Le salarié

Comprendre son bulletin de salaire : ce que l'employeur retient et pourquoi

L'impôt sur le revenu d'un salarié est retenu chaque mois par son employeur, selon un barème progressif et un système de parts propre au Sénégal. Voici comment lire ce qui est prélevé sur votre bulletin.

Une retenue mensuelle, pas une déclaration annuelle

Au Sénégal, l'impôt sur le revenu (IR) d'un salarié n'est pas payé en une fois : il est retenu à la source chaque mois par l'employeur, sur le salaire brut, avant même que le net n'arrive sur le compte. C'est le mécanisme prévu à l'article 59 du Code général des impôts (CGI) — une retenue par l'employeur qui existe depuis toujours au Sénégal, à ne pas confondre avec un dispositif calqué sur un autre pays.

Conséquence directe et importante : quand ce salaire est votre seule source de revenus, la retenue est dite libératoire (article 59.1) — « les retenues d'impôts effectuées sont libératoires ». Vous n'avez alors aucune déclaration annuelle à déposer. Si vous avez d'autres revenus (loyers, activité annexe), vous basculez dans la déclaration classique de l'article 60, à déposer avant le 1er mai. Le panorama complet des statuts est sur qui déclare quoi selon son statut.

Le barème de l'impôt sur le revenu

Le revenu imposable est découpé en tranches, chacune taxée à son propre taux (article 173 du CGI, dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-19 du 27 mai 2022 — barème inchangé depuis, vérifié sur le Code général des impôts consolidé à octobre 2025). Le revenu imposable est arrondi au millier de francs inférieur.

Taux
0 à 630 000 FCFA0 %
630 001 à 1 500 000 FCFA20 %
1 500 001 à 4 000 000 FCFA30 %
4 000 001 à 8 000 000 FCFA35 %
8 000 001 à 13 500 000 FCFA37 %
13 500 001 à 50 000 000 FCFA40 %
Au-delà de 50 000 000 FCFA43 %

Le système des parts : une réduction, pas un partage du revenu

C'est le point qui prête le plus à confusion, parce qu'un système voisin existe en France sous un autre principe : au Sénégal, le nombre de parts ne divise pas votre revenu avant de calculer l'impôt — ce n'est pas un quotient familial. L'impôt est d'abord calculé sur l'intégralité du revenu selon le barème ci-dessus, puis réduit selon un taux qui dépend du nombre de parts, avec un plancher et un plafond en francs (article 174 du CGI). Un célibataire sans enfant compte pour 1 part, sans réduction. Un couple marié sans enfant compte pour 1,5 part et obtient une réduction de 10 % de l'impôt, comprise entre 100 000 et 300 000 FCFA. Chaque enfant à charge ajoute 0,5 part, jusqu'à un maximum de 5 parts (article 174.4) — un couple avec 5 enfants ou plus n'ira pas au-delà.

Un enfant à charge est un mineur, un enfant infirme, ou un enfant de moins de 25 ans poursuivant ses études (article 177). Si les deux conjoints ont chacun des revenus, chaque enfant compte pour une demi-part chez chacun d'eux. Dans tous les cas, un plafond général s'applique : l'impôt final ne peut jamais dépasser 43 % du revenu imposable (loi n° 2022-19 du 27 mai 2022).

La réduction pour charge de famille

Le taux de réduction et ses bornes en francs, selon le nombre de parts (article 174 du CGI).

PartsTaux de réductionMinimumMaximum
Personne seule, sans enfant10 %0 FCFA0 FCFA
Marié(e) sans enfant1,510 %100 000 FCFA300 000 FCFA
1 enfant à charge215 %200 000 FCFA650 000 FCFA
2 enfants à charge2,520 %300 000 FCFA1 100 000 FCFA
3 enfants à charge325 %400 000 FCFA1 650 000 FCFA
4 enfants à charge3,530 %500 000 FCFA2 030 000 FCFA
5 enfants et plus4 à 5 (max.)35 % à 45 %600 000 FCFAjusqu'à 3 180 000 FCFA

TRIMF : le petit prélèvement au profit de la commune

À côté de l'impôt sur le revenu, une ligne plus discrète apparaît sur le bulletin : la TRIMF (taxe représentative de l'impôt du minimum fiscal), retenue à la source sur les salaires et pensions au profit des collectivités territoriales — donc de votre commune, pas de l'État central (article 275 du CGI). Son montant annuel dépend d'une catégorie fixée par l'administration selon le niveau de revenu (article 274) : 24 000 FCFA pour la catégorie exceptionnelle, 8 000 FCFA pour la 1re catégorie, 4 500 FCFA pour la 2e, 2 400 FCFA pour la 3e, et 600 FCFA pour la 4e. Sur le bulletin, cela se traduit par un prélèvement mensuel de quelques centaines de francs — la ligne « TRIMF » ou « impôt minimum ».

Trop prélevé : la démarche de restitution

Si vous estimez que votre employeur a trop retenu — erreur de calcul, changement de situation familiale non pris en compte — la loi prévoit une voie de recours : une réclamation auprès du chef du service d'assiette, avant le 1er avril de l'année suivante, pour obtenir la restitution du trop-perçu (article 187 du CGI). Ne laissez pas passer cette date : au-delà, la démarche devient plus difficile.

Si votre rémunération ne se limite pas à un salaire — vous facturez aussi des prestations à côté —, la logique change : voir freelance et retenue de 5 %, qui explique la retenue appliquée aux indépendants. Et si un jour vous embauchez vous-même, c'est vous qui devenez responsable de cette retenue : le circuit de déclaration et de paiement est décrit sur déclarer et payer en ligne.

Pour aller plus loin

Le salaire et ses composantes — SMIG, primes, cotisations sociales — sont détaillés dans deux articles complémentaires à ce dossier : le salaire au Sénégal, SMIG, composantes et cotisations et le salaire et son fonctionnement, une analyse statistique. Ce dossier-ci ne couvre que la partie fiscale du bulletin ; les cotisations sociales (CSS, IPRES, IPM) obéissent à un circuit entièrement distinct, versé à des caisses différentes de la DGID.

Le barème et le système de parts présentés ici sont ceux de la loi n° 2022-19 du 27 mai 2022, inchangés au moment de la rédaction. Ces chiffres ont été vérifiés sur le Code général des impôts consolidé à octobre 2025, qui intègre les lois de finances 2024 et 2025 ; seule la loi de finances 2026 n'a pas été dépouillée article par article pour cette page : pour votre situation précise, vérifiez sur dgid.sn ou auprès d'un fiscaliste.

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Questions fréquentes

Dois-je remplir une déclaration d'impôts si je suis salarié ?

Non, si votre salaire est votre seule source de revenus : la retenue mensuelle faite par l'employeur est libératoire (article 59.1 du CGI). Si vous avez d'autres revenus (loyers, activité annexe), vous devez déposer une déclaration annuelle avant le 1er mai (article 60).

Le système de parts sénégalais est-il le même que le quotient familial français ?

Non. Au Sénégal, l'impôt est calculé sur l'intégralité du revenu selon le barème, puis réduit selon un taux encadré par un minimum et un maximum en francs (article 174 du CGI). Le quotient familial français divise le revenu avant de calculer l'impôt : le mécanisme est différent, même si l'objectif — tenir compte des enfants à charge — se ressemble.

Combien de parts puis-je avoir au maximum ?

5 parts (article 174.4 du CGI), quel que soit le nombre d'enfants à charge au-delà de ce plafond.

Qu'est-ce que la TRIMF sur mon bulletin ?

La taxe représentative de l'impôt du minimum fiscal : une retenue à la source sur salaire, au profit de votre commune et non de l'État (article 275 du CGI), dont le montant annuel varie de 600 à 24 000 FCFA selon la catégorie de revenu (article 274).

Que faire si mon employeur m'a trop prélevé ?

Réclamez la restitution auprès du chef du service d'assiette avant le 1er avril de l'année suivante (article 187 du CGI). Passé ce délai, la démarche devient plus compliquée.

Un artisan a-t-il un traitement fiscal particulier sur son revenu ?

Oui : un abattement de 15 % du revenu imposable est prévu pour l'artisan qui vend le produit de son propre travail, avec l'aide au maximum de sa famille (article 172 du CGI).

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