Paiement

Se faire payer par l’État : délais, intérêts moratoires et arriérés

Gagner un marché public n’est pas encaisser. Entre les 45 jours prévus par le texte et la réalité des arriérés, une PME doit organiser sa trésorerie avant de signer — avances, acomptes, nantissement, paiement direct.

Ce que dit le texte — et pourquoi il faut le connaître par cœur

Commençons par le droit, parce qu’il est plus protecteur qu’on ne le croit.

Le droit à paiement est constaté dans les conditions prévues par les cahiers des charges. Si l’administration entend bloquer un paiement, elle doit vous notifier les motifs du blocage dans un délai d’un mois ; à défaut, les intérêts moratoires courent automatiquement (art. 106). Cette règle est votre premier point d’appui : un dossier qui « traîne » sans motif notifié n’est pas neutre juridiquement.

Ensuite, le principe : le règlement intervient sous 45 jours à compter de la régularisation du dossier. Au-delà, des intérêts moratoires sont dus de plein droit, calculés sur la base du taux d’escompte de la BCEAO majoré de 2 points (art. 107). Nous ne donnons volontairement pas de valeur chiffrée pour ce taux : il évolue, et une PME doit le vérifier auprès de sa banque ou de la BCEAO au moment où elle calcule sa créance.

« De plein droit » signifie que ces intérêts ne dépendent pas d’une décision de faveur de l’administration. Encore faut-il les réclamer, pièces à l’appui, avec les dates : date de régularisation du dossier, date du service fait, dates des relances.

Enfin, n’oubliez pas le symétrique : les pénalités de retard qui pèsent sur vous en cas de retard d’exécution sont prévues par les cahiers des charges (art. 12). Lisez cette clause avant de signer, et intégrez-la dans votre planning.

Les délais et mécanismes de paiement

Cinq repères à connaître avant de signer un marché — et à rappeler par écrit, poliment, quand un règlement tarde.

Ce que prévoit le codeBase légale
Notification des motifs de blocageDans un délai d’un mois ; à défaut, les intérêts moratoires courent automatiquementart. 106
Délai de règlement45 jours à compter de la régularisation du dossierart. 107
Intérêts moratoiresDus de plein droit au-delà du délai : taux d’escompte de la BCEAO majoré de 2 pointsart. 107
AcomptesPossibles dès 3 mois d’exécutionart. 98
Avance de démarrageJusqu’à 20 % du marché, contre caution bancaire de même montantart. 97 (avances encadrées par les art. 94 à 97)

Source : art. 94 à 98, 106 et 107 du Code des marchés publics (décret n° 2022-2295 du 28/12/2022). Le taux d’escompte de la BCEAO évolue : vérifiez sa valeur en vigueur auprès de votre banque ou de la BCEAO au moment de calculer vos intérêts moratoires. Nous ne publions pas de chiffre qui serait périmé à la lecture.

Le quitus fiscal, encore : pas de quitus, pas de paiement

Une PME découvre parfois trop tard que le quitus fiscal ne sert pas seulement à soumissionner : il est aussi un préalable à tout paiement public. Un marché exécuté, réceptionné, facturé peut rester bloqué faute de cette pièce.

La conséquence pratique est simple : maintenez votre quitus disponible pendant toute la durée du marché, pas seulement au moment du dépôt de l’offre. Il se demande par écrit au chef de votre centre des services fiscaux, ou via les e-services de dgid.sn, et sa délivrance est conjointe DGID-Trésor. Le détail figure dans les pièces administratives.

Plus généralement, une comptabilité tenue et une situation fiscale propre ne sont pas un luxe quand on travaille avec le secteur public : ce sont des conditions d’encaissement. Notre article sur l’intérêt d’un fiscaliste au sein de l’entreprise éclaire ce choix d’organisation, et notre dossier gérer et faire grandir son entreprise traite du suivi administratif au quotidien.

Le nantissement : transformer votre marché en trésorerie

C’est le mécanisme le plus utile de tout ce dossier, et le moins utilisé par les PME sénégalaises.

Le code organise le nantissement des créances nées d’un marché public (art. 121 à 126). Le principe : le marché est établi en un exemplaire unique, remis au titulaire, qui peut le remettre à une banque en garantie d’un financement. La banque prête contre cette créance sur l’État, et sera remboursée par le paiement du marché.

Pour une entreprise sans trésorerie de départ, c’est la différence entre « je ne peux pas exécuter ce marché » et « je peux ». Deux réflexes :

Précision utile pour éviter les faux amis : il n’existe pas au Sénégal d’équivalent des plateformes de facturation publique étrangères. Le préfinancement d’un marché public sénégalais passe par le nantissement de l’exemplaire unique, par l’avance de démarrage et par les acomptes — pas par un dispositif importé.

Si vous intervenez comme sous-traitant, votre levier est différent : le paiement direct par l’administration, possible avec l’accord du titulaire (art. 110). Négociez-le à la signature, comme l’explique sous-traitance et groupement.

La réalité des arriérés : ce qu’aucun guide ne vous dit

Il serait malhonnête de s’arrêter aux 45 jours du texte. La réalité des paiements publics sénégalais est plus dure, et une PME doit l’intégrer dans ses décisions.

Les ordres de grandeur, tels qu’ils ressortent des documents budgétaires et de la presse économique de 2026 :

  • la loi de finances initiale pour 2026 inscrit 300 milliards de FCFA destinés à l’apurement des arriérés intérieurs ;
  • le patronat, via le CNES, chiffre la dette de l’État envers les entreprises à environ 1 400 milliards de FCFA ;
  • dans le BTP, environ 82 milliards de FCFA d’arriérés ont été apurés en 2025.

Ces chiffres disent deux choses. D’une part, le sujet est reconnu et traité — des lignes budgétaires existent, des apurements ont lieu. D’autre part, l’écart entre le stock de dette et les montants apurés chaque année signifie que certains délais se comptent en années, pas en jours.

Ce n’est pas une raison pour renoncer à la commande publique : c’est une raison pour ne jamais construire un plan de trésorerie sur l’hypothèse d’un paiement à 45 jours.

Sécuriser votre trésorerie avant de signer

Six décisions à prendre avant l’exécution, pas pendant. C’est à ce moment-là que vous avez encore des marges de manœuvre.

  1. 1

    Provisionnez votre besoin en fonds de roulement

    Chiffrez ce que vous devrez avancer — matériaux, salaires, sous-traitants — et sur combien de mois vous pouvez tenir sans encaisser. Si la réponse est « deux mois », le marché est trop grand pour vous aujourd’hui.

  2. 2

    Demandez l’avance de démarrage

    Coût de la caution bancaire correspondante

    Jusqu’à 20 % du montant du marché, contre caution bancaire de même montant (art. 97). C’est le levier de trésorerie le plus direct : voir cautions et garanties.

  3. 3

    Réclamez l’exemplaire unique dès la signature

    C’est la condition matérielle du nantissement (art. 121 à 126). Sans ce document, votre banque ne pourra pas préfinancer le marché.

  4. 4

    Facturez les acomptes dès qu’ils sont dus

    Dès 3 mois d’exécution

    Des acomptes sont possibles dès trois mois d’exécution (art. 98). N’attendez pas la fin du chantier pour présenter votre première demande de paiement.

  5. 5

    Datez et archivez chaque étape

    Date de régularisation du dossier, service fait, dépôt de facture, relances. Ce sont ces dates qui font courir le délai de 45 jours et qui fondent une demande d’intérêts moratoires.

  6. 6

    Diversifiez vos donneurs d’ordre

    Regardez aussi les marchés financés sur ressources extérieures, dont les circuits de paiement diffèrent, et ne laissez pas un seul client public représenter l’essentiel de votre chiffre d’affaires.

Faut-il pour autant renoncer aux marchés publics ?

Non — mais il faut y aller les yeux ouverts. La commande publique offre des volumes qu’aucun client privé ne propose à une PME sénégalaise, des références qui valorisent durablement l’entreprise, et un cadre juridique qui, sur le papier comme devant le CRD, protège réellement le titulaire.

La bonne posture est celle d’un dirigeant qui a fait ses comptes : viser des lots à sa taille plutôt qu’un marché trop grand, mobiliser avance et acomptes, préparer le nantissement, et savoir que les intérêts moratoires sont dus de plein droit au-delà de 45 jours.

Pour construire ce parcours de bout en bout : commencez par la veille dans où trouver les avis, calibrez vos cibles avec les modes de passation et leurs seuils, et gardez sous la main la marche à suivre en cas de contestation. L’ensemble du dossier est récapitulé sur répondre aux marchés publics quand on est une PME.

Accompagnement SenPages

Un marché à préparer ? SenPages vous oriente

Quitus fiscal à obtenir, caution de soumission à monter, dossier à faire relire ou recours à engager : dites-nous votre besoin en deux lignes. Un conseiller SenPages vous oriente vers les experts-comptables, avocats et banques qui traitent ces dossiers.

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Banques et experts-comptables

Nantissement de créance, préfinancement, suivi des intérêts moratoires : les interlocuteurs à connaître.

Questions fréquentes

Quel est le délai légal de paiement d’un marché public au Sénégal ?

45 jours à compter de la régularisation du dossier (art. 107). Au-delà, des intérêts moratoires sont dus de plein droit. Par ailleurs, si l’administration bloque un paiement, elle doit en notifier les motifs dans un délai d’un mois, faute de quoi les intérêts courent automatiquement (art. 106).

Comment sont calculés les intérêts moratoires ?

Sur la base du taux d’escompte de la BCEAO majoré de 2 points (art. 107). Nous ne publions pas de valeur chiffrée : ce taux évolue, et un chiffre recopié d’un article ancien vous ferait calculer faux. Vérifiez le taux en vigueur auprès de votre banque ou de la BCEAO au moment du calcul.

Peut-on obtenir de l’argent avant la fin du marché ?

Oui, de trois façons : l’avance de démarrage jusqu’à 20 % contre caution bancaire (art. 97), les acomptes possibles dès trois mois d’exécution (art. 98), et le nantissement de la créance auprès d’une banque grâce à l’exemplaire unique du marché (art. 121 à 126).

Qu’est-ce que l’exemplaire unique du marché ?

C’est l’exemplaire remis au titulaire qui permet de nantir la créance auprès d’une banque, laquelle préfinance alors l’exécution (art. 121 à 126). Demandez-le à l’autorité contractante dès la signature : sans lui, aucun nantissement n’est possible.

L’État paie-t-il vraiment ses fournisseurs dans les délais ?

Pas toujours, et il faut le dire. La loi de finances initiale pour 2026 inscrit 300 milliards de FCFA pour l’apurement des arriérés intérieurs, tandis que le CNES évalue la dette de l’État envers les entreprises à environ 1 400 milliards ; dans le BTP, quelque 82 milliards ont été apurés en 2025. Autrement dit : des paiements ont bien lieu, mais certains délais se comptent en années. Provisionnez votre trésorerie en conséquence.

Je suis sous-traitant : comment m’assurer d’être payé ?

En négociant dès la signature le paiement direct par l’administration, possible avec l’accord du titulaire (art. 110), et en veillant à être formellement agréé par l’autorité contractante (art. 49). Les deux points sont détaillés dans sous-traitance et groupement.

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