Indivision et partage

Rester en indivision ou partager : comment sortir d'un bien familial

Gestion collective, règle de l'unanimité pour vendre, partage amiable ou judiciaire : ce que dit vraiment le Code de la famille sur le bien resté indivis entre héritiers.

Le blocage le plus fréquent des successions sénégalaises

C'est la situation qui revient le plus souvent, et qui pourrit le plus de familles sénégalaises : une maison ou un terrain hérité à plusieurs, que personne ne peut vendre seul, ni parfois même louer ou rénover, faute d'accord entre tous les héritiers. Cet état s'appelle l'indivision : tant que le partage n'a pas eu lieu, tous les héritiers qui ont accepté la succession sont propriétaires ensemble de chaque bien, sans qu'aucune part ne soit matériellement délimitée.

Le principe posé par le Code de la famille est pourtant clair : « nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision et le partage peut toujours être provoqué » (art. 449), sauf convention contraire entre les héritiers. Dans les faits, ce principe se heurte souvent à un désaccord entre héritiers, à un héritier absent (parti en diaspora, par exemple), ou simplement à l'inertie : la maison familiale reste un bien commun, année après année, parce que personne n'engage la démarche pour en sortir. Il n'est pas rare qu'un titre foncier sénégalais reste ainsi au nom d'un parent ou d'un grand-parent décédé depuis longtemps, simplement parce que la démarche de mutation puis de partage n'a jamais été engagée.

Cette page explique deux choses : comment fonctionne la gestion d'un bien en indivision tant qu'il n'est pas partagé, et comment en sortir légalement. Plus une indivision dure, plus le nombre d'ayants droit augmente à chaque génération : les enfants des héritiers deviennent à leur tour co-indivisaires, et le nombre de signatures nécessaires à l'unanimité ne fait que grandir. Mieux vaut donc engager le partage tôt, même à l'amiable et sans urgence apparente. Si le bien concerné est un immeuble titré, la suite logique après le partage est la mutation par décès du titre foncier ; et pour comprendre au préalable qui a réellement vocation à hériter, voir qui hérite en droit commun ou qui hérite en droit musulman.

Comment se gère l'indivision au quotidien

Tant que le partage n'a pas eu lieu, les héritiers doivent gérer ensemble ce qu'ils possèdent en commun. Le Code organise cette gestion collective : un gérant de l'indivision est nommé à la majorité en nombre ET en parts indivises — c'est-à-dire qu'il faut à la fois l'accord de la majorité des personnes ET de celles qui détiennent la majorité des parts (art. 452). À défaut d'accord entre héritiers sur ce point, c'est le président du tribunal, statuant en référé, qui désigne le gérant.

Une fois désigné, ce gérant n'a pas les pleins pouvoirs : pour vendre un bien déterminé de la succession, il doit obtenir l'autorisation de la majorité des héritiers, toujours en nombre et en parts (art. 453). Il ne s'agit pas d'un pouvoir personnel de disposer des biens : c'est un mandat de gestion, encadré par un contrôle collectif.

Les héritiers peuvent aussi organiser eux-mêmes cette période par une convention d'indivision : à défaut de durée précisée, elle est réputée conclue pour cinq ans, renouvelable (art. 450). Si elle est conclue à durée indéterminée, chacun peut provoquer le partage à tout moment, à condition de ne pas le faire de mauvaise foi ou à contretemps (art. 451). Autrement dit : une convention d'indivision organise la gestion, elle ne verrouille pas la sortie indéfiniment. Cette organisation n'a d'ailleurs vocation qu'à gérer le bien en attendant le partage : elle ne remplace pas la sortie définitive de l'indivision, qui passe par l'une des deux voies décrites plus bas.

La règle qui bloque tout : l'unanimité pour vendre

C'est le point le plus mal compris, et celui qui explique le plus de blocages familiaux : pour vendre un bien indivis dans des conditions qui mettent fin à l'indivision — typiquement, la maison familiale unique —, il faut l'accord de TOUS les co-indivisaires, sans exception (art. 453). La majorité qui suffit au gérant pour vendre un bien déterminé tant que l'indivision continue sur d'autres biens ne suffit plus dès lors que la vente revient à liquider l'indivision elle-même : à ce moment-là, c'est l'unanimité, et rien de moins, qui est exigée.

Attention à une confusion très répandue, y compris chez des gens bien informés : en France, une réforme de 2009 a introduit une règle de majorité des deux tiers pour certains actes de disposition sur un bien indivis. Cette règle française ne s'applique PAS au Sénégal. Le Code de la famille sénégalais n'a pas été modifié dans ce sens sur ce point : la règle en vigueur reste celle de l'unanimité pour toute aliénation qui met fin à l'indivision (art. 453). Un seul héritier qui refuse peut donc, légalement, bloquer la vente — ce qui n'est ni un bug ni une injustice administrative, c'est la loi telle qu'elle est écrite. Concrètement, si vous êtes plusieurs héritiers sur une seule maison familiale : personne ne peut la vendre sans l'accord écrit de chacun, mais un seul héritier de mauvaise volonté ne peut pas non plus empêcher indéfiniment le partage — la voie du partage judiciaire, décrite plus bas, reste ouverte précisément pour ce cas de blocage.

Cette règle a une conséquence directe sur la vente forcée judiciaire (la licitation) : la Cour suprême a cassé, par un arrêt du 1er mars 2017, une licitation d'immeubles successoraux ordonnée sans la signature de la veuve et des enfants, alors que le partage en nature restait possible (art. 475 du Code). Le message de cet arrêt est clair : un juge ne peut pas imposer la vente forcée d'un bien indivis comme solution de facilité si un partage en nature — c'est-à-dire un partage physique des biens plutôt qu'une vente — est envisageable. La vente forcée reste un dernier recours, pas une option par défaut.

Deux autres règles à connaître au moment du partage : celui qui a diverti ou dissimulé des biens de la succession perd tout droit sur ces biens (recel successoral, art. 468) ; et pour éviter de morceler à l'excès les terres agricoles et les exploitations, une inégalité entre les lots peut être compensée par le versement d'une soulte — une somme d'argent qui rétablit l'équilibre entre héritiers (art. 474).

Un droit de préemption entre co-indivisaires — à vérifier avant d'agir

Un héritier qui veut céder sa part indivise à un tiers extérieur à la famille ne peut pas le faire dans son coin : le Code impose une notification obligatoire aux autres co-indivisaires (art. 456), qui ouvre un mécanisme de préemption — c'est-à-dire un droit, pour les co-indivisaires, de racheter cette part en priorité plutôt que de la voir passer à un inconnu.

Sur ce point précis, la prudence est de mise : le détail exact de cette procédure — délais pour se manifester, formalisme de la notification, conséquences d'un silence ou d'un refus — n'a pas pu être vérifié avec certitude pour ce dossier. Avant de céder une part indivise à un tiers, ou avant de faire valoir un droit de rachat face à une telle cession, faites confirmer la procédure exacte auprès d'un notaire plutôt que de vous fier à un résumé trouvé en ligne — y compris celui-ci. Se tromper sur ce mécanisme expose à des contestations ultérieures, potentiellement coûteuses : mieux vaut un rendez-vous notarié de plus qu'une cession mal notifiée. Voir le rôle et les responsabilités d'un notaire pour savoir à qui vous adresser.

Partage amiable ou partage judiciaire : comparer les deux voies

Deux chemins mènent à la sortie de l'indivision. Le choix dépend d'une seule question : les héritiers sont-ils tous présents, capables, et d'accord ?

ConditionsComment ça se passeOù ça se passe
Partage amiableTous les héritiers présents, capables, et d'accord entre eux (art. 464)Forme libre : les héritiers composent eux-mêmes les lots, par accord commun ou par tirage au sort (art. 465)Entre les héritiers, généralement formalisé chez un notaire ; l'homologation par le tribunal d'instance est conseillée pour rendre le partage opposable aux tiers
Partage judiciaireUn héritier absent, non identifié, ou incapable ; ou désaccord entre héritiers (art. 470)Selon les formes du Code de procédure civile (art. 547 et suivants) ; une vente forcée (licitation) ne peut être ordonnée que si le partage en nature est impossible (art. 475)Devant le tribunal d'instance du lieu d'ouverture de la succession

Sortir d'une indivision bloquée, étape par étape

Que la maison familiale soit bloquée depuis un an ou vingt ans, la marche à suivre reste la même.

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    Établissez d'abord qui sont réellement les co-indivisaires

    Le partage suppose de savoir avec certitude qui a hérité, et de quelle part. Si ce n'est pas déjà fait, commencez par le jugement d'hérédité : c'est le socle sur lequel repose toute la suite.

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    Tentez d'abord le partage amiable

    Si tous les héritiers sont présents, capables et d'accord, le partage peut se faire dans la forme que vous jugez convenable — répartition d'un commun accord ou tirage au sort des lots (art. 464-465). C'est la voie la plus rapide et la moins coûteuse.

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    En cas d'héritier absent, incapable, ou de désaccord : saisissez le tribunal d'instance

    Le partage judiciaire devient la seule voie possible dès qu'un héritier est absent, non identifié, incapable, ou que les héritiers ne s'entendent pas (art. 470). La procédure suit les formes du Code de procédure civile devant le tribunal d'instance du lieu d'ouverture de la succession.

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    Ne comptez pas sur une vente forcée comme raccourci

    Le tribunal ne peut ordonner une licitation (vente forcée) que si le partage en nature — c'est-à-dire la répartition physique des biens entre héritiers — est réellement impossible (art. 475). La Cour suprême a cassé une licitation ordonnée sans l'accord de tous les ayants droit alors qu'un partage en nature restait possible.

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    Si une part doit être cédée à un tiers, respectez la notification aux co-indivisaires

    Avant de vendre votre part à quelqu'un d'extérieur à la famille, la loi impose de notifier les autres co-indivisaires, qui disposent d'un droit de préemption (art. 456). Faites vérifier cette formalité par un notaire avant toute cession.

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Un partage en nature suppose un bornage et un morcellement corrects — les vices de forme y coûtent des années de procédure.

Questions fréquentes

Un seul héritier peut-il bloquer la vente de la maison familiale ?

Oui, légalement : la vente d'un bien indivis qui met fin à l'indivision exige l'accord unanime de tous les co-indivisaires (art. 453 du Code de la famille). Contrairement à une règle française de majorité des deux tiers parfois évoquée, aucune majorité ne suffit au Sénégal — un seul refus bloque la vente.

Comment sortir de l'indivision si un héritier refuse tout accord ?

En saisissant le tribunal d'instance pour un partage judiciaire (art. 470) : le tribunal peut imposer une répartition, sans attendre l'accord de l'héritier récalcitrant, selon les formes du Code de procédure civile.

Le tribunal peut-il simplement ordonner de vendre le bien plutôt que de le partager ?

Seulement si un partage en nature — une répartition physique des biens — est réellement impossible (art. 475). La Cour suprême a cassé une vente forcée ordonnée sans l'accord de tous les héritiers alors qu'un partage en nature restait envisageable.

Qui gère un bien indivis en attendant le partage ?

Un gérant, désigné à la majorité en nombre et en parts indivises par les héritiers eux-mêmes, ou à défaut par le président du tribunal statuant en référé (art. 452). Il peut vendre un bien déterminé avec l'accord de la majorité, mais pas mettre fin à l'indivision sans l'unanimité.

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