Fiscalité successorale

Droits de succession au Sénégal : ce qu'on paie vraiment

Le Code général des impôts sénégalais fixe ses propres règles — délai, abattement, taux — sans rapport avec ce qu'on lit sur des sites pensés pour la France.

Une idée reçue à corriger d'entrée : vous avez un an, pas six mois

Un proche vient de décéder, et au milieu du deuil, une question pratique s'impose : combien de temps a-t-on pour déclarer la succession au fisc, et combien cela va-t-il coûter ? Sur ce sujet, une confusion revient sans cesse sur les sites qui traitent d'héritage au Sénégal : le délai de « six mois » pour déclarer une succession. C'est une règle française, pas sénégalaise, et elle circule pourtant largement, y compris sur des sites destinés à un public sénégalais.

Le Code général des impôts (CGI) sénégalais fixe un délai différent, à l'article 464-D : la déclaration de succession doit être déposée dans un délai d'un an à compter du décès (ou de l'envoi en possession provisoire pour les cas d'absence). Ce délai ne peut pas être raccourci ; il peut au contraire être allongé dans certains cas précis — biens placés sous séquestre, militaire décédé en service hors du Sénégal, indivision avec l'État.

Cette page s'appuie sur le CGI sénégalais (loi n°2012-31 du 31 décembre 2012, modifiée), dans son édition consolidée du 27 mars 2019. Les montants cités sont recoupés par des cabinets fiscaux sénégalais publiant en 2025, mais la numérotation exacte des articles a pu évoluer depuis cette édition : avant de citer un numéro d'article devant une administration, vérifiez l'état en vigueur auprès de la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID).

L'abattement qui change tout : 200 millions de francs, une fois, sur l'ensemble

Le chiffre le plus important de cette page est un abattement, pas un taux. L'article 468-19° du CGI prévoit un abattement de 200 000 000 F CFA effectué sur l'actif successoral net — c'est-à-dire ce qui reste une fois les dettes du défunt déduites — avant tout calcul de droits.

Ce point change la lecture du sujet : concrètement, l'immense majorité des successions sénégalaises ne paient aucun droit de mutation par décès, simplement parce que l'actif net transmis reste sous ce seuil. Une maison, une petite entreprise familiale, une épargne modeste : dans la plupart des cas, l'abattement absorbe tout.

Attention à une confusion fréquente avec le système français : en France, l'abattement fiscal sur une succession est de 100 000 € et s'applique par enfant — chaque enfant a son propre abattement, cumulable. Au Sénégal, l'abattement de l'article 468-19° est global : un seul montant, appliqué une fois sur l'ensemble de l'actif net transmis, quel que soit le nombre d'héritiers. Ce n'est pas la même mécanique, et la confondre conduit à surestimer largement ce qu'on va payer.

D'autres cas échappent totalement aux droits, en dehors même de l'abattement (art. 466-15° à 18°) : les successions dévolues à l'État, celles des militaires ou ressortissants morts par fait de guerre, et les successions d'un actif brut inférieur ou égal à 1 000 000 F CFA composées uniquement de meubles (hors fonds de commerce).

Le régime fiscal sénégalais, face à ce qu'on lit souvent

Ce tableau met en regard ce que dit le CGI sénégalais (édition consolidée du 27 mars 2019) et la règle française qui circule pourtant sur des sites destinés à un public sénégalais. Les deux systèmes n'ont presque rien en commun.

Règle sénégalaise (CGI)Idée reçue (règle française)
Abattement200 000 000 F CFA sur l'actif net, une seule fois, tous héritiers confondus (art. 468-19°)100 000 € par enfant, cumulable
Taux applicable2 % (conjoint et ligne directe) ou 5 % (autres héritiers), taux proportionnels fixes (art. 472)Barème progressif de 5 % à 45 % selon le lien de parenté et le montant
Conjoint survivantTaxé à 2 %, comme les héritiers en ligne directe (art. 472-IV-5°)Exonéré à 100 % de droits de succession depuis 2007
Résidence principaleAucun abattement particulier identifié dans le CGI sénégalaisAbattement complémentaire de 20 % sur la résidence principale
Délai de déclarationUn an à compter du décès (art. 464-D)Six mois à compter du décès

Pénalités, bureau compétent, et le cas particulier de l'immobilier

Le non-respect du délai d'un an, ou une déclaration incomplète, expose à des pénalités prévues par l'article 671 du CGI : 25 % des droits éludés en cas de retard simple, 50 % en cas de dissimulation ou de mauvaise foi, et jusqu'à 100 % en cas de récidive.

La déclaration se dépose au bureau du domicile du défunt (art. 467) — à défaut de domicile au Sénégal, au bureau du domicile du déclarant. Quand la succession comprend un immeuble, l'enregistrement et la publicité foncière peuvent être fusionnés au bureau de la Conservation de la propriété foncière du lieu de situation du bien.

Un bien immobilier hérité obéit d'ailleurs à des règles et à un calendrier propres — la mutation par décès d'un titre foncier a son propre délai et son propre tarif. Le détail de cette démarche fait l'objet d'une page à part du dossier : le bien immobilier hérité. Cette page-ci se limite à la déclaration fiscale de succession au sens large.

Notez aussi que plusieurs déductions réduisent l'actif net taxable avant même l'abattement (art. 468-19° a à i) : dettes du défunt justifiées, immeubles à vocation agricole sous engagement de conservation de cinq ans, biens professionnels dont l'exploitation se poursuit trois ans, ou titres détenus majoritairement par le défunt dans une société qu'il dirigeait. Un professionnel peut vous aider à identifier celles qui s'appliquent à votre situation — voir l'intérêt d'un fiscaliste si la succession comprend une activité professionnelle ou une entreprise familiale.

Déposer la déclaration de succession : où, quand, avec quoi

Voici la mécanique administrative telle qu'elle ressort du CGI et de la pratique observée. Les délais légaux sont sourcés au texte ; la liste des pièces relève, elle, d'une pratique administrative constatée et non d'une obligation fixée par un article précis — présentez-vous avec un dossier complet, quitte à demander confirmation au bureau concerné.

  1. 1

    Comptez un an, pas six mois

    Le délai légal de dépôt court à compter du décès (ou de l'envoi en possession provisoire en cas d'absence) et dure un an (art. 464-D du CGI). Passé ce délai, des pénalités s'appliquent.

  2. 2

    Identifiez le bon bureau

    La déclaration s'enregistre au bureau du domicile du défunt (art. 467). Si le défunt n'avait pas de domicile au Sénégal, c'est le domicile du déclarant qui détermine le bureau compétent.

  3. 3

    Réunissez les pièces usuelles

    Dans la pratique observée (et non comme liste fixée par un article précis), les bureaux demandent notamment l'acte de décès, la preuve de la qualité d'héritier — jugement d'hérédité ou acte de notoriété, voir le jugement d'hérédité — et le détail de l'actif et du passif du défunt. Renseignez-vous au bureau compétent avant de vous déplacer, la liste exacte peut varier.

  4. 4

    Calculez l'actif net avant de vous inquiéter du montant

    L'actif net (actif brut moins les dettes justifiées) est ce qui compte : c'est sur lui que s'applique l'abattement de 200 000 000 F CFA. Beaucoup de familles s'inquiètent d'un taux de 5 % avant même de vérifier qu'elles doivent quoi que ce soit — dans la majorité des cas, l'abattement suffit à annuler toute imposition.

  5. 5

    Si un droit reste dû, réglez-le au taux applicable

    2 % pour le conjoint survivant et les héritiers en ligne directe (enfants, parents), 5 % pour les autres héritiers (art. 472). Le montant se calcule sur l'actif net, après abattement et déductions.

Après la déclaration : gérer ce qui a été transmis

Une fois la déclaration déposée et les droits éventuels réglés, reste la question de la gestion de ce qui a été transmis — surtout quand plusieurs héritiers se retrouvent copropriétaires d'un bien ou d'une épargne. Le dossier gérer son argent couvre les bases utiles à ce stade : budget, épargne, premiers réflexes bancaires.

Si la succession n'a pas encore été réglée sur le plan civil — partage entre héritiers, sortie d'indivision — ces étapes précèdent en réalité la déclaration fiscale dans la plupart des cas concrets : consultez indivision et partage et accepter ou renoncer à une succession. Et si un doute persiste sur ce qui relève d'une règle sénégalaise solide et ce qui est une idée reçue importée d'ailleurs, la page 10 idées reçues qui coûtent cher reprend les pièges les plus fréquents, fiscalité comprise.

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Questions fréquentes

Ai-je vraiment un an pour déclarer une succession, ou six mois comme je l'ai lu ?

Vous avez un an à compter du décès, pas six mois. Le délai de six mois est une règle française qui circule à tort sur des sites destinés à un public sénégalais. Le Code général des impôts sénégalais fixe le délai à un an dans son article 464-D (édition consolidée du 27 mars 2019) — vérifiez la numérotation en vigueur auprès de la DGID au moment de vos démarches.

Est-ce que je vais payer des droits sur une petite succession ?

Dans la plupart des cas, non. Un abattement de 200 000 000 F CFA s'applique sur l'actif successoral net avant tout calcul de droits (art. 468-19°), et les successions composées uniquement de meubles pour un actif brut inférieur ou égal à 1 000 000 F CFA sont exonérées (art. 466-18°). Ce n'est qu'au-delà de ces seuils que des droits peuvent être dus.

Le conjoint survivant paie-t-il des droits de succession au Sénégal ?

Oui, à hauteur de 2 %, comme les héritiers en ligne directe (art. 472-IV-5°). Contrairement à la France, où le conjoint survivant est exonéré de droits de succession depuis 2007, le droit sénégalais ne prévoit aucune exonération totale du conjoint.

Que risque-t-on en cas de retard ou d'erreur dans la déclaration ?

Des pénalités prévues à l'article 671 du CGI : 25 % des droits éludés en cas de retard, 50 % en cas de dissimulation ou de mauvaise foi, jusqu'à 100 % en cas de récidive. Mieux vaut déposer une déclaration, même incomplète, avant l'expiration du délai d'un an, et la compléter ensuite avec le bureau concerné.

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