Récupérer l'eau de pluie à la maison : citerne, filtration et précautions

Calculer le volume récupérable selon votre toit et la pluviométrie ANACIM, filtrer, stocker sans moustiques et savoir quels usages sont sûrs.
Pendant l'hivernage, chaque averse fait couler des centaines de litres d'eau propre du toit vers la rue. Puis viennent huit mois presque secs, la facture d'eau et les tuyaux d'arrosage qui tournent pour le potager.
Récupérer l'eau de pluie ne remplace pas le réseau, mais bien conçue, une installation couvre l'arrosage, le nettoyage et une partie des besoins de la maison pendant la saison des pluies et quelques semaines au-delà.
La réponse pratique. Un millimètre de pluie tombé sur un mètre carré de toit donne un litre d'eau. Multipliez la surface de votre toiture par la pluviométrie de votre ville pour estimer le potentiel, puis équipez le circuit dans cet ordre : gouttières propres, dispositif de premier rinçage, filtre, citerne opaque fermée et grillagée contre les moustiques. Réservez cette eau aux usages non potables, sauf traitement adapté.
Combien d'eau pouvez-vous récupérer ?
Le calcul de base est simple : surface au sol de la toiture (en m²) × hauteur de pluie (en mm) = volume en litres. Prenez la surface couverte vue d'en haut, pas la surface réelle des pentes de tôle.
Pour la hauteur de pluie, appuyez-vous sur les normales publiées par l'ANACIM. Dans son bulletin agrométéorologique de fin octobre 2025, l'agence donne les cumuls de saison des pluies suivants (normale 1991-2020, au 31 octobre) :
- Saint-Louis : 269,3 mm
- Dakar-Yoff : 398,6 mm
- Thiès : 449,3 mm
- Kaolack : 627,2 mm
- Ziguinchor : 1 378,8 mm
Ces moyennes cachent de fortes variations d'une année à l'autre : le même bulletin relève 362,2 mm à Dakar-Yoff en 2025 contre 393,6 mm en 2024. Dimensionnez donc sur une hypothèse prudente.
Exemple fictif : une maison de Thiès avec 80 m² de toiture reçoit en moyenne 80 × 449,3 ≈ 35 900 litres sur l'hivernage. Une partie se perd (évaporation sur la tôle chaude, premier rinçage, débordements lors des gros orages) : en ne retenant par prudence que 80 %, on obtient environ 28 700 litres utilisables sur la saison.
Une citerne ne stocke pas toute la saison
Le volume utile dépend surtout de vos usages. Inutile de viser 30 m³ si vous voulez seulement arroser un potager entre deux pluies. Pensez en revanche aux pointes : le 4 octobre 2026, la station de Yoff a enregistré 137,5 mm en 24 heures selon l'ANACIM, rapporte Dakaractu. Sur 100 m² de toit, cela représente près de 13 750 litres en une journée. Prévoyez un trop-plein dirigé vers votre jardin ou un puits d'infiltration, jamais chez le voisin.
Le circuit, de la toiture à la citerne
La toiture
Tôle, tuile ou dalle béton conviennent. Le service de santé de Nouvelle-Galles du Sud (Australie), dans sa fiche sur les citernes d'eau de pluie, déconseille de collecter sur une toiture peinte avec une peinture au plomb ou comportant du bois traité aux pesticides. Un toit-terrasse où l'on circule, étend le linge ou élève des pigeons donne une eau nettement plus chargée.
Les gouttières et les descentes
Même source : inspectez et nettoyez toiture et gouttières tous les trois à quatre mois, et faites un entretien complet avant la saison des pluies. Au Sénégal, le sable et la poussière d'harmattan accumulés pendant la saison sèche justifient un vrai nettoyage en juin.
Le premier rinçage
Les premiers litres d'une averse lavent le toit : poussière, fientes, feuilles. Un dispositif de premier rinçage (un tube de dérivation qui se remplit avant que l'eau ne parte vers la citerne) les écarte automatiquement.
Sans ce dispositif, la fiche australienne conseille de déconnecter l'arrivée de la citerne lors de la première pluie après une période sèche. C'est particulièrement vrai pour les premières pluies de juillet, après des mois de poussière.
Le filtre
Une grille à feuilles en tête de descente, puis un filtre ou une crépine à l'entrée de la citerne, retiennent ce qui a échappé au premier rinçage.
La citerne
Choisissez-la opaque pour limiter le développement d'algues, avec un couvercle bien ajusté. L'entrée et le trop-plein doivent être protégés par une moustiquaire fine : une citerne ouverte devient vite un gîte à larves, comme l'explique notre article sur les eaux stagnantes et les moustiques. Contrôlez les dépôts au fond au moins tous les deux à trois ans. Pour le choix du matériau, l'emplacement et la méthode de nettoyage, reportez-vous à notre guide du réservoir d'eau à la maison.
Quels usages pour cette eau ?
Les usages non potables, sans hésiter
- Arrosage du jardin, des arbres fruitiers et des cultures en bacs ou sur les toits.
- Lavage des sols, de la cour, de la voiture.
- Chasse d'eau, si un circuit dédié est prévu.
- Abreuvement des animaux, citerne propre et fermée.
Pour les maraîchers urbains, arrosez de préférence au pied des plants plutôt que sur les feuilles des légumes consommés crus.
La boisson, seulement après traitement
Fientes d'oiseaux, poussière et dépôts de toiture peuvent contaminer l'eau, même claire. Pour la boire ou cuisiner, faites-la au minimum bouillir à gros bouillons et laissez refroidir, comme le rappelle la fiche australienne, ou utilisez une autre méthode de désinfection présentée dans notre article sur l'eau de boisson : filtrer, bouillir ou javelliser.
Gardez enfin deux circuits totalement séparés : ne raccordez jamais la citerne d'eau de pluie aux canalisations alimentées par le réseau, pour éviter tout retour d'eau non traitée dans l'eau potable.
Le calendrier d'entretien
- Juin : nettoyage de la toiture, des gouttières et du filtre ; vérification du couvercle et des moustiquaires.
- Première pluie : premier rinçage actif ou arrivée de la citerne déconnectée.
- Pendant l'hivernage : contrôle des grilles après chaque gros orage.
- Fin d'hivernage : utilisation du stock, puis vérification des dépôts.
- Tous les deux à trois ans : vidange et nettoyage complet de la citerne.
Pour la pose des gouttières, du trop-plein ou d'une pompe, un plombier saura dimensionner l'ensemble : consultez la rubrique plomberie de l'annuaire.
En résumé
Une toiture de 100 m² à Dakar peut fournir près de 40 000 litres par hivernage en moyenne. Le potentiel est réel, à condition de soigner le circuit : toit propre, premier rinçage, filtre, citerne fermée et grillagée. Gardée pour l'arrosage et le ménage, cette eau allège la consommation du réseau ; pour la boire, elle doit d'abord être traitée.